Marque employeur : votre bureau recrute à votre place

Un candidat parle-t-il de vos locaux au premier entretien ? Presque jamais. Pourtant, il les a déjà jugés avant de s’asseoir.

C’est le paradoxe au cœur de cet épisode du S’PIC. Mickaël Mussard y reçoit Edgard Copet. Il dirige Sponsor RH, un groupe de travail temporaire spécialisé dans le recrutement de personnel permanent et temporaire. Son terrain : surtout la région Rhône-Alpes, un peu la Suisse et les DOM-TOM.

Le contexte est tendu. Selon l’enquête BMO 2025 de France Travail, 50,1 % des projets de recrutement sont jugés difficiles par les employeurs. En Auvergne-Rhône-Alpes, ce taux grimpe à 54,7 %. Dans ce marché, chaque détail compte. Même la salle d’attente.

Leur échange met en évidence une nuance essentielle : un bel espace ne suffit pas à créer une entreprise dans laquelle les salariés ont envie de s’investir.

environnement de travail et marque employeur

Pourquoi l’environnement de travail et la marque employeur sont-ils liés ?

La marque employeur ne se résume pas à un discours de recrutement, à une page carrière soignée ou à quelques publications sur les réseaux sociaux. Elle se construit également à travers l’expérience réelle vécue par les collaborateurs et les candidats.

Or, le bureau constitue souvent l’un des premiers points de contact physiques avec l’entreprise. Lors d’un entretien sur site, le candidat découvre les locaux, observe les interactions et se fait une idée de la culture managériale. L’espace devient ainsi un élément concret de la promesse employeur.

Dans l’étude Ifop pour SFL « Paris Workplace 2024 », menée auprès de 1 300 salariés de bureau en Île-de-France, 57 % déclarent que le bureau a compté dans le choix de leur entreprise.

La progression est nette :

  • 30 % en 2017
  • 43 % en 2019
  • 51 % en 2021
  • 57 % en 2024

La part a presque doublé en sept ans.

Autrement dit, la place accordée aux bureaux dans la décision professionnelle a progressé au fil des années, même si elle ne constitue pas un critère isolé.

Edgard Copet rappelle d’ailleurs que les priorités restent multiples :

« Le premier critère reste quand même le poste de travail et le salaire. »

L’environnement physique intervient donc dans un ensemble plus large de facteurs. Il ne remplace ni une rémunération cohérente ni des missions intéressantes.

En revanche, il peut renforcer l’image que l’entreprise souhaite transmettre, ou au contraire la fragiliser.

Image employeur : l’effet salle d’attente

On sent tout en trente secondes

Si le lieu pèse en silence, il se joue dès le seuil. Edgard Copet n’hésite pas :

« Quand on rentre dans un espace, on sent si on s’y sent bien ou pas. »

Il cite des entreprises du bassin clermontois qu’il connaît bien :

« Vous arrivez dans une salle d’attente qui est sombre. Il y a de la poussière partout, il y a de vieilles plantes séchées aux quatre coins de la pièce, des revues sur une petite table basse qui datent d’il y a deux ou trois ans. »

La scène est caricaturale, mais elle parle. Le candidat n’a pas encore rencontré personne. Il a déjà une opinion.


votre bureau recrute à votre place

Le syndrome du dirigeant qui ne voit plus

Pourquoi des dirigeants laissent-ils cela en l’état ? Edgard Copet a une explication simple :

« C’est également le syndrome du chef d’entreprise qui rentre tous les matins dans sa boîte, qui utilise strictement le même circuit et qui ne voit plus ce qui se passe autour de lui. »

L’habitude rend aveugle. Le dirigeant a aussi d’autres priorités. Mickaël Mussard le rappelle : proposer un environnement agréable n’est pas son cœur de métier, et cela demande des investissements.

Marque employeur : la lumière, le confort et les équipements avant les gadgets

Que faut-il corriger en priorité ? Les salariés ont déjà une réponse. Dans l’étude Ifop pour SFL « Paris Workplace 2024 », 95 % jugent important que leur entreprise dispose de beaux bureaux. Et 87 % attendent qu’elle investisse dans leur aménagement.

Mais un « beau » bureau, pour eux, est moins spectaculaire qu’on l’imagine :

CritèrePart des répondants
La lumière65 %
L’équipement technique41 %
Le mobilier40 %
Le volume et l’espace35 %
La vue depuis les fenêtres33 %
Les plantes27 %
La décoration25 %

Ces résultats invitent à hiérarchiser les investissements. Avant d’ajouter des équipements ludiques ou des éléments décoratifs, une entreprise a intérêt à vérifier les fondamentaux :

  • éclairage,
  • qualité du mobilier,
  • acoustique,
  • confort thermique,
  • disponibilité des équipements nécessaires au travail.


Edgard Copet résume cette priorité en quelques mots :

« Les gens ont besoin de travailler dans un environnement lumineux. »

Cette remarque peut sembler évidente. Pourtant, elle rappelle qu’une amélioration efficace ne nécessite pas toujours une transformation architecturale complète.

La liberté d’utilisation plutôt qu’un bureau figé

Les organisations évoluent également dans leur manière d’occuper les espaces. Le poste individuel attribué à une seule personne laisse progressivement place, dans certaines entreprises, à des configurations plus flexibles.

Un collaborateur peut avoir besoin de calme le matin, d’une salle équipée pour une réunion à distance, puis d’un espace partagé pour travailler en équipe. Un aménagement pertinent doit permettre ces différents usages sans imposer une organisation rigide.

Edgard Copet insiste précisément sur cette dimension :

« C’est la liberté dans son espace de travail. »

Cette liberté ne signifie pas l’absence de règles. Elle suppose plutôt une organisation adaptée aux activités, avec des espaces identifiés pour la concentration, les échanges et les réunions.

Recrutement en PME : que faire quand on n’a pas un gros budget ?

Tout le monde n’a pas les moyens de rénover. Pour une PME de dix à trente personnes, la priorité est souvent de s’installer et de faire tourner l’activité. Le cadre de travail passe après. Mickaël Mussard demande donc ce que ces entreprises peuvent faire simplement.

La réponse d’Edgard Copet tient en deux idées : anticiper, puis agir sur l’essentiel.

Penser le lieu avant d’emménager

« Il faut réfléchir un petit peu en amont à ce qu’on va proposer en termes d’environnement et d’atmosphère de travail. »

Il va plus loin : le DRH doit être à la table, comme le directeur financier. Il est selon lui le point d’entrée et de sortie des impressions des collaborateurs. Son avis éclaire les décisions.

Trois changements rapides

Si le dirigeant doit n’en retenir que quelques-uns, la réponse est directe :

« Très souvent : ouvrir les portes des bureaux, essayer de mettre en place un espace commun. Et puis, donner de la lumière. »

L’un de ces leviers se vérifie dans les chiffres : la lumière est le premier critère du beau bureau, à 65 %.
Surtout, ils ont un point commun : ils coûtent peu.

Concrètement :

  • Ouvrir les portes : réduire les cloisons et les bureaux fermés
  • Créer un espace commun : un lieu où l’on se croise sans rendez-vous
  • Faire entrer la lumière : dégager les fenêtres, éclaircir les pièces


Un test en plus : regardez votre accueil avec des yeux neufs. Demandez à un proche ou à un candidat ce qu’il voit.

Un beau bureau suffit-il à fidéliser les salariés ?

Le recrutement n’est que la première étape. Une entreprise doit ensuite réussir à intégrer ses nouvelles recrues, à maintenir leur engagement et à leur donner envie de rester.

Sur ce point, l’ambiance quotidienne joue un rôle important. Les échanges informels, les rencontres entre services et les moments partagés peuvent contribuer au sentiment d’appartenance. À l’inverse, un environnement peu accueillant ou mal adapté peut accentuer la distance entre les salariés et leur organisation.

L’ambiance compte autant que l’aménagement

Un espace moderne ne garantit pas une bonne expérience collaborateur. Si les équipes communiquent peu, si les services restent cloisonnés ou si le management ne favorise pas les échanges, les qualités architecturales ne suffiront pas.

Edgard Copet formule clairement cette limite :

« On peut être dans les plus beaux bureaux du monde : si les gens ne se parlent pas, ne communiquent pas, ne partagent rien… »

Le message est important pour les dirigeants : l’aménagement doit soutenir un projet collectif. Les espaces communs peuvent faciliter les rencontres, mais ils ne remplacent ni le management, ni la reconnaissance, ni une organisation du travail cohérente.

L’enjeu consiste donc à faire correspondre le lieu, les usages et la culture de l’entreprise.

covorkers

Marque employeur et jeunes talents : le salaire et le cadre

Les jeunes sont-ils plus sensibles au lieu de travail ? La question est à la mode : salaire ou bon environnement ? La réponse d’Edgard Copet évite le piège du choix :

« Les jeunes, aujourd’hui, veulent les deux, très honnêtement. Et d’ailleurs, ils n’ont pas tort. »

Il ajoute une nuance de terrain. Un jeune qui construit un foyer ou attend un enfant regarde le salaire de très près. D’autres, plus libres, pèsent davantage le cadre.

Les données vont dans le même sens, sans trancher. Chez les moins de 35 ans, environ 10 % se disent prêts à revoir leurs attentes salariales à la baisse pour un espace agréable. C’est peu, mais ce n’est pas rien.

Côté Génération Z, l’étude Ipsos et CESI indique que 80 % citent l’équilibre et l’ambiance de travail parmi les critères importants dans le choix d’un employeur. Et 74 % veulent que les valeurs de l’entreprise correspondent aux leurs.

Le lieu seul n’achète personne, mais il peut départager deux offres proches.

Le coworking : une autre manière de concevoir l’environnement professionnel

Pour certaines entreprises, améliorer leurs bureaux implique de réaménager leurs locaux. Pour d’autres, le coworking représente une alternative à étudier, notamment lorsqu’elles souhaitent accéder à des espaces et à des services qu’elles auraient du mal à réunir seules.

C’est l’un des points abordés dans l’échange entre Mickaël Mussard et Edgard Copet au PIC, à Clermont-Ferrand.

Le PIC ne se limite pas à des bureaux. Le lieu rassemble différentes entreprises et propose des espaces mutualisés, des salles de réunion équipées et des services sur place. Cette organisation permet de sortir du cadre traditionnel d’un bureau exclusivement réservé aux salariés d’une même structure.

La vie quotidienne y change aussi. À midi, inutile de chercher un restaurant : le food court réunit huit adresses sur place. Une réunion s’allonge ou un atelier réunit toute l’équipe ? On peut commander de quoi manger sans organiser la logistique soi-même.

Le lieu accueille également des événements : rencontres professionnelles, ateliers, conférences, puis soirées après le travail. Les équipes se croisent, échangent, parfois sans objectif précis. C’est souvent là que naissent les liens que décrit Edgard Copet.

Enfin, on peut aussi y vivre. Le PIC propose du coliving, pratique pour un collaborateur en mission à Clermont-Ferrand ou pour une nouvelle recrue qui arrive d’une autre ville et cherche où poser ses valises le temps de s’installer. Pour une entreprise, c’est une difficulté de moins dans l’accueil d’un talent venu de loin.

Pour un dirigeant, l’intérêt est simple : il n’a pas à tout construire seul. Il s’appuie sur un lieu déjà vivant, avec ses services, ses rencontres et son atmosphère.

Edgard Copet souligne l’intérêt de cette diversité :

« La richesse du PIC, c’est cette espèce de melting-pot, en fait : des personnes, des centres d’intérêt, des âges, des secteurs d’activité. »

Au-delà de l’aménagement, la mutualisation permet ainsi de côtoyer des professionnels issus d’univers différents. Ces rencontres peuvent ouvrir de nouvelles perspectives et enrichir la vie professionnelle, même si elles ne garantissent pas automatiquement la création de partenariats ou l’amélioration des performances.

Écoutez l’intégralité de l’échange dans le nouvel épisode du S’PIC

Écoutez l’épisode du podcast S’PIC consacré à l’environnement de travail et à l’attractivité des entreprises, avec Edgard Copet, dirigeant de Sponsor RH et Mickaël Mussard.

Écouter l’épisode : pic.life/spic-le-podcast-du-pic

DISPONIBLE SUR :

Questions fréquentes sur la marque employeur et le bureau

Le bureau fait-il partie de la marque employeur ?

Oui. Dans l’étude Ifop SFL 2024, 57 % des salariés estiment que leur bureau a un impact positif sur le recrutement de nouveaux talents. L’effet est plus fort encore sur l’esprit d’équipe (74 %), le bien-être et la performance (64 % chacun).

Un candidat choisit-il son employeur à cause du bureau ?

Rarement de façon explicite. Pour Edgard Copet, le poste et le salaire passent en premier, et le lieu est évoqué au deuxième ou troisième entretien. Mais 57 % des salariés disent que le bureau a compté dans leur choix.

Comment améliorer son attractivité employeur sans gros budget ?

Agir sur l’essentiel : ouvrir les espaces, créer un lieu commun, apporter de la lumière.
Impliquer aussi les ressources humaines dès les choix d’aménagement.

Entretien enregistré au PIC, Clermont-Ferrand, dans le cadre du podcast S’PIC.

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